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Japon : un budget de défense record fait craindre un retour du militarisme


8 900 milliards de yens ! C’est le montant révélé récemment par les médias japonais d’une demande de budget de défense pour l’exercice 2027 que le ministère japonais de la Défense prévoit de présenter. Le montant final pourrait même atteindre 10 000 milliards de yens, soit plus de 63 milliards de dollars.

Un nouveau record historique qui révèle davantage les ambitions des politiciens japonais désireux de s’affranchir des contraintes imposées par la Constitution pacifiste et de faire émerger un « nouveau militarisme ».

Ces dernières années, sous l’impulsion des forces de droite, le budget de la défense japonais a connu une croissance continue. Conformément aux « trois documents sur la sécurité » publiés en 2022, le budget total de la défense du Japon pour les exercices 2023 à 2027 avait été fixé à 43 000 milliards de yens. Dans les faits, les dépenses n’ont cessé d’augmenter et ont déjà dépassé les prévisions initiales.

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Sanae Takaichi accélère la « remilitarisation » du pays sous le prétexte de la « sécurité et de la défense », faisant de l’augmentation du budget militaire l’une de ses priorités. Sous son impulsion, la part du budget de la défense dans le PIB japonais a atteint 2 % dès l’exercice 2025, soit deux ans plus tôt que prévu.

Une hausse fulgurante des dépenses militaires

Pour l’exercice 2026, le budget de la défense s’élève à environ 9 040 milliards de yens, contre une demande budgétaire initiale de 8 800 milliards, marquant ainsi une hausse pour la 14e année consécutive. Si le budget 2027 est adopté, le Japon connaîtra donc une 15e année consécutive de hausse des dépenses militaires.

Plus inquiétant encore que cette succession de records, le ministère japonais de la Défense envisage de consacrer des fonds considérables à l’acquisition d’armes offensives et au développement de « nouvelles méthodes de guerre ». Une ambition qui met une nouvelle fois en évidence la volonté de « remilitarisation » du pays.

Selon les médias japonais, ces dépenses colossales devraient se concentrer sur trois axes principaux. Premièrement, l’acquisition de drones intercepteurs associés à des technologies laser et à des micro-ondes de haute puissance afin de mettre en place un réseau de défense aérienne. Deuxièmement, l’intégration de l’intelligence artificielle aux systèmes de commandement des Forces d’autodéfense, afin d’accélérer la prise de décision grâce à l’analyse des mégadonnées. Troisièmement, le déploiement accru de missiles à longue portée dotés d’une « capacité d’attaque des bases ennemies ».

Évidemment, un tel budget ne relève plus d’une simple « défense passive ». Il traduit une stratégie offensive visant à moderniser les capacités de frappe du pays. Un signal d’alerte : le Japon semble avoir définitivement franchi les limites de la « défense exclusivement défensive » et accélère sa transformation en un « État capable de faire la guerre ».

Ce changement de cap apparaît déjà dans la version 2026 du livre blanc japonais sur la défense, récemment publiée par le ministère japonais de la Défense. Le document exagère délibérément, selon ses détracteurs, les menaces sécuritaires dans la région et construit un récit antagoniste destiné à justifier l’abandon progressif du pacifisme et l’accélération du réarmement.

Une similitude historique particulièrement inquiétante

La trajectoire actuelle de l’expansion militaire japonaise rappelle, à certains égards, celle suivie par le pays avant la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1930, sous prétexte de répondre à une « crise de sécurité extérieure », les autorités japonaises avaient progressivement augmenté les dépenses militaires, renforcé leurs forces armées et remis en cause les garde-fous institutionnels, avant de se lancer dans une guerre d’agression qui allait plonger une grande partie de l’Asie dans le chaos et la souffrance.

Aujourd’hui, le « nouveau militarisme » japonais affûte ses armes. Miser l’avenir de plus de 100 millions de Japonais sur une telle fuite en avant constitue un pari extrêmement risqué et une menace sérieuse pour la paix et la stabilité régionales. Une situation qui suscite déjà de vives critiques et inquiétudes au Japon comme dans les pays voisins.

Ces derniers jours, plusieurs médias japonais influents, dont le quotidien Mainichi Shimbun, ont critiqué la flambée des dépenses militaires, estimant qu’elles dépassent désormais les garde-fous qui encadraient la politique de défense japonaise d’après-guerre. Selon ces critiques, la prétendue « capacité d’attaque des bases ennemies » relève essentiellement d’une force offensive, susceptible d’alimenter les tensions régionales et de déclencher une nouvelle course aux armements en Asie de l’Est.

Le Tokyo Shimbun a, pour sa part, mis en question la volonté du gouvernement d’augmenter encore les dépenses militaires alors que les fondements du plan de 43 000 milliards de yens n’ont toujours pas été suffisamment justifiés. Dans le même temps, de nombreux Japonais se sont mobilisés pour protester contre le renforcement militaire du gouvernement de Sanae Takaichi et ses projets de révision de la Constitution.

Ces orientations ont également suscité des critiques chez les voisins du Japon. La Russie reproche à Tokyo d’accélérer sa « remilitarisation » au risque de perturber la sécurité régionale et mondiale. La RPDC a, quant à elle, averti que si le Japon venait à se doter d’une capacité de frappe préventive, l’humanité pourrait à nouveau être confrontée à des tragédies et des catastrophes, soulignant qu’« il ne faut en aucun cas laisser le Japon devenir une grande puissance militaire ».

Un budget de défense pouvant atteindre 10 000 milliards de yens constitue un nouveau signal d’alarme face à la résurgence du spectre du militarisme. La communauté internationale doit rester extrêmement vigilante.

Les leçons de l’histoire ne sont pas si lointaines. Si le Japon fait fi de ces leçons, persiste dans l’accroissement de son arsenal et ignore les inquiétudes de ses voisins, les dépenses colossales consacrées aujourd’hui à la défense pourraient bien le conduire à nouveau sur une pente dangereuse. Car, qui joue avec le feu finit toujours par s’y brûler.

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