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Sénégal : le duo Diomaye–Sonko vole en éclats


Entre rivalités de leadership, divergences économiques et bataille pour le contrôle du PASTEF, le Sénégal entre dans une nouvelle zone de turbulence politique

Le Sénégal vit l’une des plus importantes secousses politiques depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko en 2024. Le président sénégalais a officiellement mis fin, le 23 mai 2026, aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant ainsi un terme à une alliance politique qui incarnait jusque-là l’espoir de rupture porté par le parti PASTEF.

Deux jours plus tard, le chef de l’État nommait comme nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, économiste et ancien cadre de la BCEAO, dans un contexte marqué par une grave crise de dette et des négociations délicates avec le FMI.

Mais le véritable coup de théâtre est intervenu ce mardi avec l’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 135, signe que l’ancien Premier ministre conserve une emprise politique considérable sur la majorité parlementaire.

Une rupture révélatrice d’un conflit de visions

Derrière cette recomposition institutionnelle se cache une fracture politique profonde entre deux hommes pourtant liés par une longue histoire commune. Tous deux anciens inspecteurs des impôts, anciens camarades syndicaux et compagnons de lutte contre le régime de Macky Sall, Diomaye Faye et Sonko apparaissaient comme les deux faces d’un même projet souverainiste.

Mais depuis plusieurs mois, les tensions étaient devenues visibles. Ousmane Sonko reprochait notamment au président son manque de fermeté sur certaines réformes emblématiques du programme du PASTEF, notamment la transparence sur les fonds politiques, la reddition des comptes et la rupture avec les anciennes pratiques de gouvernance.

À cela s’ajoutent des divergences stratégiques sur la gestion économique du pays. Alors que Sonko défend une ligne souverainiste et critique vis-à-vis des institutions financières internationales, Bassirou Diomaye Faye semble privilégier une approche plus pragmatique afin de rassurer les bailleurs internationaux et les marchés financiers. La nomination d’un technocrate comme Ahmadou Al Aminou Lo à la Primature illustre cette orientation.

Pour plusieurs observateurs, cette crise traduit également une lutte de leadership au sein même du PASTEF. Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle de 2024, avait porté la candidature de Diomaye Faye, devenu président grâce à cette dynamique populaire. Aujourd’hui, une partie de la base militante estime que le chef de l’État chercherait à s’émanciper politiquement de l’influence de son mentor.

Malgré la rupture, Ousmane Sonko conserve une forte popularité, notamment auprès de la jeunesse sénégalaise. Son retour à l’Assemblée nationale lui offre désormais une nouvelle plateforme pour contrôler l’action gouvernementale et peser sur l’avenir politique du pays.

Dans un Sénégal confronté à une dette croissante, au chômage des jeunes et aux pressions sociales, beaucoup redoutent désormais que cette guerre de leadership fragilise davantage la stabilité politique du pays.

Jérôme KABORE

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