.
.

L'actualité, en toute intégrité

.

Zéro tarif et opportunités partagées: la Chine ouvre son marché à l’Afrique

Etoile Filante de Ouagadougou : quand la chute d’un géant doit réveiller le football burkinabè


Le samedi 23 mai 2026, au Stade municipal de Ouagadougou, l’Étoile Filante de Ouagadougou (EFO), monument du football burkinabè, a officiellement quitté l’élite, la Ligue 1 LONAB après sa défaite en match de barrage face à l’Union Sportive de la Comoé (USCO). Au-delà de la relégation sportive, ce sont surtout les incidents impliquant des joueurs, des membres du staff technique et certains acteurs du club à l’encontre de l’arbitre ainsi que de journalistes sportifs qui ont profondément choqué l’opinion publique.

La sanction prononcée le lundi 25 mai 2026 par la Fédération burkinabè de football (FBF) et la Ligue professionnelle de football était attendue. Il faut le reconnaître avec objectivité : elle était devenue inévitable.

En effet, aucun club, aussi prestigieux soit-il, ne peut prétendre être au-dessus des règles.

L’EFO n’est pas un club comme les autres. Elle représente une page importante de l’histoire du football burkinabè. Institution populaire et emblématique, elle a façonné des générations de supporters, révélé de nombreux talents et contribué à écrire certaines des plus belles pages du championnat national.

Voir un tel club du Fasofoot descendre en deuxième division constitue déjà une immense douleur pour les amoureux du football. Mais assister à cette relégation dans un climat de tensions, de contestations et de débordements laisse un sentiment encore plus amer.

Le football doit demeurer un espace de passion, d’émotion et de fair-play, jamais un terrain d’intimidation ou de violence.

Bien entendu, la frustration est compréhensible. Une relégation est toujours difficile à accepter. Certains acteurs peuvent également estimer avoir été lésés par des décisions arbitrales. De telles situations existent dans tous les championnats du monde. Cependant, il existe une limite que nul ne devrait franchir : celle du respect des institutions, des arbitres et des professionnels des médias.

Lorsqu’un arbitre est pris à partie verbalement ou physiquement, c’est l’autorité même du football qui est remise en cause. Lorsque des journalistes deviennent des cibles pour avoir simplement exercé leur mission d’information, c’est la liberté de la presse qui se trouve menacée. Et lorsque ces comportements émanent d’un club aussi emblématique que l’EFO, leur portée est encore plus préoccupante, notamment auprès des jeunes générations qui prennent ces acteurs pour modèles.

Au fond, cette affaire dépasse largement le seul cas de l’EFO. Elle met en lumière des maux plus profonds qui fragilisent le football burkinabè depuis plusieurs saisons. Il s’agit de la méfiance persistante envers l’arbitrage, la pression excessive liée aux résultats, les violences verbales dans les stades, le manque de maîtrise émotionnelle de certains dirigeants et la banalisation progressive de comportements contraires à l’éthique sportive.

À force de fermer les yeux sur certains excès, notre football finit par alimenter lui-même son instabilité. Dans ce contexte, la sanction infligée à l’EFO ne doit pas être perçue comme un acharnement contre un club historique. Elle doit plutôt être comprise comme un message fort adressé à l’ensemble des acteurs du football national. Elle rappelle que la grandeur d’un club ne se mesure pas uniquement à son palmarès, mais aussi à sa capacité à affronter les moments difficiles avec dignité, responsabilité et sang-froid. Les grandes équipes peuvent connaître des périodes de déclin. Les grandes institutions, en revanche, se reconstruisent grâce à l’organisation, à la discipline et au respect des principes qui fondent leur identité.

Aujourd’hui, l’EFO a besoin d’une véritable reconstruction, et non d’une logique de victimisation. Cette reconstruction passe par une réflexion approfondie sur plusieurs aspects : la gouvernance, la stabilité sportive, la gestion des crises, l’accompagnement psychologique des joueurs, les relations avec les supporters ainsi que la définition d’une vision claire pour l’avenir. Une relégation n’est jamais le fruit du hasard ; elle résulte souvent de fragilités accumulées au fil des saisons.

Mais cet examen de conscience ne concerne pas uniquement l’EFO. La Fédération, la Ligue, les arbitres, les clubs, les supporters, les médias et les autorités sportives doivent également tirer les enseignements de cette crise.

Notre championnat a besoin d’une meilleure structuration, d’un encadrement plus rigoureux et d’un environnement plus sécurisé. Les arbitres doivent bénéficier d’une protection et d’un accompagnement renforcés. Les journalistes sportifs doivent pouvoir exercer leur métier sans pression ni intimidation. Quant aux clubs, ils doivent pleinement assumer leur rôle éducatif auprès de la jeunesse.

Le football burkinabè ne progressera pas dans le désordre. Il progressera grâce à la rigueur, au respect des règles et à l’engagement collectif de tous ses acteurs.

L’EFO évoluera désormais en deuxième division la saison prochaine. Mais le véritable enjeu est ailleurs : éviter que notre football ne s’enfonce davantage dans les tensions, les violences et la perte de ses valeurs fondamentales.

Édito réalisé par John Leonel KABORE, journaliste sportif 

Share Button

Avis

  • Total Score 0%
User rating: 0.00% ( 0
votes )


Pengdwendé John Ulrich Leonel KABORE est un journaliste qui s'intéresse aux questions de Développement Durable, Sport, Culture, Nouvelles Technologies et Protection sociale.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *