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Burkina: « il va falloir repenser sérieusement à cette manière de traquer les activistes »


Burkina : Kemi Seba expulsé après des propos sur le président du FasoCeci est une opinion de notre confrère Dabaoué Audrianne KANI, éditorialiste de l’Express du Faso. Pour lui, il va falloir repenser sérieusement à la manière de traquer les activistes… Lisez plutôt

Sale temps pour les activistes en Afrique. Est-on tenté de dire. Kemi Seba a été expulsé, nuitamment du Burkina Faso dans la nuit de samedi à vendredi. Pour des propos jugés irrévérencieux à l’endroit du chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré. Prenant faits et cause pour leur président, des jeunes du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) sont allés assiéger le domicile d’Hervé Ouattara, considéré par eux comme celui-là qui a hébergé l’activiste qui luttait contre le FCFA. Ce n’est pas la première fois que Kemi Seba a été expulsé d’un pays africain. Avant lui, c’est Nathalie Yamb, elle aussi activiste, qui avait été expulsée de Côte d’Ivoire le 2 décembre pour ses prises de position contre le gouvernement ivoirien.

A dire vrai, le temps n’est pas beau, en ce moment, pour les activistes. Notamment ceux qui foutent le nez dans les affaires des gouvernants. Alors qu’ils sont nombreux, nos chefs d’Etat d’aujourd’hui, qui n’auraient pas été élus si des activistes n’avaient pas combattu seuls ou à leurs côtés contre les régimes qu’ils ont remplacés. Faut-il alors craindre une atteinte à la liberté d’expression et à la démocratie, tout court? En tout cas, si ce n’est pas cela, ça y ressemble. Kemi Seba est bien connu pour la virulence de ses propos au cours de ses conférences. Mais, si jusqu’à présent, il n’a réussi à renverser aucune tendance, c’est qu’il apparaît aux yeux de nombreuses personnes comme un zouave. Ne lui donne-t-on pas plus de notoriété qu’il en faut?

Dans cette traque aux activistes, nos gouvernants ne se rendent certainement pas compte qu’ils sont en train de forger une certaine opinion africaine contre eux-mêmes. Faisant ainsi de ces derniers des héros alors qu’en réalité, ils ne le sont pas. Ils sont désormais nombreux les jeunes africains qui voudraient bien savoir qui est Nathalie Yamb, qui est Kemi Seba. Ils sont nombreux à vouloir s’identifier à eux parce qu’ils titillent et font peur à nos dirigeants pour ne pas dire à leurs pouvoirs. Du reste, si Kemi Seba n’avait pas été expulsé du Burkina Faso, avec autant de bruit, personne n’aurait même su ce qu’il a dit sur Roch. Parce que, généralement, ses prises de positions intéressent peu.

Safiatou Lopez et Naïm Touré, pour leur engagement sur les réseaux sociaux sont passés en prison. Parce que, eux, on ne pouvait pas les expulser. Ce qui a fait d’eux des héros. Si bien que désormais, les Burkinabè s’intéressent à leurs prises de position. Il va falloir repenser sérieusement à cette manière de traquer les activistes. Il est évident que lorsqu’on est en porte-à-faux avec la loi, on doit répondre. Mais, la loi, tant qu’elle ne s’adapte pas à son contexte, devient de la dictature.

Kemi Seba a été expulsé. Une information judiciaire aurait été ouverte contre lui. Qu’il soit condamné ou pas, ça n’enlèvera rien à sa façon de défendre ses positions. Au contraire, on lui aura porté des galons. Pour rien.

Dabaoué Audrianne KANI

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