
photo aCotonou.com
Le tribunal spécial de Cotonou s’est penché, ce 30 avril 2026, sur une affaire qui illustre la surveillance accrue de l’espace numérique au Bénin. Un jeune agronome est actuellement poursuivi et risque 12 mois de prison ferme pour avoir partagé, sur son compte Facebook, un message exprimant son admiration pour le modèle de gouvernance du capitaine Ibrahim Traoré.
Selon les éléments du dossier, tout serait parti d’une publication personnelle dans laquelle le prévenu écrivait : « il nous faut des Ibrahim Traoré au Bénin ». Une phrase de quelques mots qui a suffi à déclencher une procédure judiciaire.
Signalée par plusieurs internautes au Centre national d’investigations numériques (CNIN), la publication a entraîné une réaction rapide des autorités. Le jeune homme a été interpellé, placé en garde à vue, puis détenu provisoirement. Il est poursuivi sur la base de deux infractions prévues par le code numérique de 2018, à savoir le harcèlement par voie électronique et l’incitation à la violence.
À l’audience du 30 avril, le ministère public a adopté une position ferme. Le procureur a estimé que la référence au capitaine burkinabè arrivé au pouvoir en octobre 2022 pouvait être interprétée comme une menace pour l’ordre public. En conséquence, il a requis une peine de 12 mois d’emprisonnement ferme ainsi qu’une amende de 5 millions de FCFA.
De son côté, la défense a plaidé la relaxe pure et simple. Les avocats du prévenu ont contesté la qualification d’incitation à la violence, estimant qu’aucun élément ne permet d’établir une intention délictueuse. Selon eux, il s’agit d’une opinion personnelle exprimée sur un réseau social, qui ne devrait pas relever du champ pénal.
La personnalité du capitaine Ibrahim Traoré suscite des perceptions contrastées dans la sous-région. Considéré comme le plus jeune chef d’État au monde, il est perçu par ses partisans comme un symbole de souveraineté et de réformes structurelles profondes, portées notamment par le slogan « mon assiette ma fierté ». C’est cette image d’un dirigeant ayant « brisé les chaînes de la dépendance » qui aurait inspiré le jeune agronome, mais qui est interprétée par les autorités béninoises comme un discours potentiellement déstabilisateur.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement de l’encadrement des contenus numériques au Bénin. Depuis l’entrée en vigueur du code numérique en 2018, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) est régulièrement saisie de dossiers impliquant journalistes, responsables politiques ou simples citoyens pour des publications en ligne.
Le dossier a été mis en délibéré. Le verdict est attendu en juin 2026. En attendant, le prévenu demeure en détention, illustrant les tensions croissantes entre liberté d’expression et répression des contenus sur les réseaux sociaux.
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