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Présidentielle de 2020 :les Burkinabè de l’extérieur revendiquent leur participation au vote


La société civile burkinabè, avec à sa tête,  l’Association jeunesse espoir d’Afrique (AJEA), a organisé une conférence publique sur le vote de sa diaspora, le samedi 7 avril 2018 à Abidjan. Des Burkinabè vivant aux Etats-Unis, au Ghana et en Côte d’Ivoire ont pris part à cette rencontre aux allures d’un meeting d’étudiants : chaude, agressive et revendicative. Les principaux partis politiques du Burkina y étaient représentés. Plus que jamais déterminés à voter lors des prochaines consultations électorales, particulièrement pour l’élection présidentielle de 2020, les Burkinabè de l’extérieur se sont montrés intransigeants, amers et  quelquefois agressifs lors d’un panel-débats tenu le samedi 7 avril 2018 dans la capitale ivoirienne. Au cours des échanges autour du thème : «Quelles modalités pour une participation efficace et efficiente des Burkinabè de l’étranger aux élections nationales ?», leur ton dissonait avec la placidité de Luc Marius Ibriga, communicateur principal et parrain de la rencontre. Mais des débats, il n’y en a pas vraiment eu, tant les participants sont restés unanimes qu’il leur faut inéluctablement participer à la prochaine élection du président du Faso. Et pour cet objectif, ils sont sans équivoque. «Les finances ne peuvent pas être une barrière au vote des Burkinabè de la diaspora », a prévenu l’un des représentants de l’opposition politique, Gnissi Dominique. Le Burkina Faso aura besoin tout de même de plus de 20 milliards de F CFA pour faire participer sa diaspora à la désignation du successeur du président Roch Marc Christian Kaboré, à condition que ce vote se contente de la Carte nationale d’identité burkinabè. Car selon les simulations de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui table sur 2 millions 566 mille 500 électeurs potentiels   hors des frontières, si l’on adopte le même système que lors du scrutin couplé de 2015, le vote des Burkinabè de la diaspora coûtera plus cher que celui des Burkinabè de l’intérieur, soit plus de 52 milliards de F CFA. Dans un ton de meeting de protestation, Gnissi Dominique, par ailleurs responsable de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), s’est inscrit en faux contre tout, notamment contre le nombre des Burkinabè immatriculés dans les représentations diplomatiques. Selon les données communiquées à l’occasion par Luc Marius Ibriga, un million cent mille Burkinabè ont été immatriculés à l’étranger et 985 000 disposent de cartes consulaires.  Il avait pris le soin de dire qu’en ce qui concerne les Burkinabè de l’étranger, il n’y avait pas de statistiques irréfutables étant donné qu’aucun service de l’Etat ne dispose de données issues d’un recensement véritable. Mais pour répondre au porte-parole de l’opposition, il a rappelé que ces chiffres étaient ceux de la CENI et qu’à cela ne tienne, le panel a justement pour objectif de recueillir toutes les informations utiles pour l’effectivité du vote. Des cartes consulaires pas fiables Poursuivant dans sa lancée, M. Gnissi a estimé que les réserves émises, les barrières à lever et les conditions qui restent à satisfaire pour le prochain vote de la diaspora n’ont pas lieu d’être.  Et si l’argent devrait être une barrière, il souhaiterait que le gouvernement demande à la diaspora de contribuer au financement du processus. Le représentant du Collectif des associations et mouvements de jeunesse burkinabè de la Côte d’Ivoire (CAMJBCI) est allé dans le même sens. Pour lui, si la diaspora vivant en Côte d’Ivoire a accepté payer des cartes consulaires à 7000 francs CFA, elle serait aussi prête à consentir d’autres sacrifices pour jouir de son droit de vote. Il estime d’ores et déjà que si de nouvelles cartes d’identification vont être demandées comme document pour le vote, la campagne et les protocoles d’accord autour de l’actuelle carte consulaire ressembleraient à de l’escroquerie. La section ivoirienne du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a saisi la perche pour demander à M. Ibriga de rendre compte de la mission d’audit diligentée par ses soins pour faire la lumière sur la Maison du Burkina dont les travaux sont toujours à l’arrêt.  Avant d’aborder le cas de la Maison du Burkina, M. Ibriga a relevé que l’audit révèle des malfaçons dans l’établissement des cartes consulaires et des doutes sur la fiabilité du fichier qui en est issu, a répondu le communicateur. Les irrégularités impliqueraient un privé ivoirien sur lequel l’Autorité supérieur de contrôle d’Etat de de lutte contre la corruption (ASCE-LC) n’avait pas de pouvoir pour enquêter.  La Haute autorité ivoirienne sur la bonne gouvernance, mise à contribution, s’est chargée de l’enquête selon Marius Ibriga qui a promis à la diaspora ivoirienne de lui rendre les résultats de cet audit au mois de mai 2018. Rassurée à ce niveau, la diaspora ivoirienne a toutefois réaffirmé avec véhémence sa frustration suite aux promesses non tenues. Ils ne jurent que par le vote «Nous sommes sûrs de voter en 2020. Il n’y a pas de raison qu’on ne vote pas. Si on est uni, on va voter», a insisté Mme Sinan L. Ouédraogo, la présidente de la Fédération des organisations féminines burkinabè de Côte d’Ivoire. Gaston Ben Sawadogo, le représentant de la diaspora à ce panel n’est pas si optimiste. «Aujourd’hui, il n’y a rien qui prouve qu’on ira aux élections en 2020», a-t-il fait remarquer. Il a appelé à la création d’un «mouvement mondial» de la diaspora afin de parler d’une même voix et de défendre les intérêts des Burkinabè de l’extérieur. «Ils ne jurent que par le vote ; quand on discute avec eux, ils ne parlent que de cela», a-t-on entendu à l’ambassade du Burkina à Abidjan. L’ambassade, tout comme le consulat d’Abidjan, s’est totalement démarquée de cette rencontre et, de façon générale, de toutes les activités associatives. Selon certaines sources, la communauté burkinabè de Côte d’Ivoire évaluée entre 4 et 4,5 millions d’âmes, est aujourd’hui «très divisée et très compliquée». Des 200 associations existantes,  «aucune ne parle bien de l’autre, chacune dit que c’est elle le chef et que les autres ne font que du bruit », dit un autre confident. A la fin des échanges, une plateforme minimale s’est dégagée. Il s’agira de tout mettre en œuvre pour rendre le vote effectif en 2020. Est-ce que cela va sonner le rassemblement de la diaspora de Côte d’Ivoire ? M. Souleymane Sawadogo, représentant circonstanciel de la diaspora au présidium, a des doutes. Il a pris part à la rédaction du projet de la nouvelle constitution au titre de cette diaspora. Mais il ne croit pas que les élections qui se profilent à l’horizon puissent rassembler les «sambissi» de Côte d’Ivoire. Il pense même le contraire. La situation des compatriotes en Côte d’Ivoire n’est pas un cas isolé. Selon Ben Gaston Sawadogo, résidant à New-York, les Burkinabè des Etats-Unis sont eux aussi «hyper-hypocrites». Les résidents du Ghana, eux, ont d’autres soucis. Selon leur représentant, les Burkinabè du Ghana se cachent pour ne pas se faire expulser ou bien changent de nom pour pouvoir travailler. «Plus on se déclare, plus on retourne au pays », a confié Constant H. Kyélem,  secrétaire général de la communauté burkinabè vivant au Ghana, il estime à plus de 7 millions les compatriotes vivant dans ce pays. Mais il sera difficile de les recenser à son avis. Il explique, la gorge nouée, le calvaire de ses compatriotes du Ghana et espère que le vote des Burkinabè de l’extérieur amènera les autorités à s’intéresser véritablement à leur sort. En entendant, cette division de la diaspora pourrait compliquer le rôle d’éducation au vote qui échoit aux partis politiques et à la société civile. L’opposition fixe un ultimatum Ces échanges ont eu lieu dans la salle de conférence de la Maison de la presse, sise à la commune du Plateau. Les représentants des partis politiques les plus connus (MPP, UPC, CDP, NAFA, UNDD), étaient présents. Le porte-parole de l’opposition, Gnissi Dominique, après la communication, a prévenu le gouvernement. «Si après le 2e trimestre de 2018,  rien n’est fait, ça veut dire qu’il y a une volonté de nous empêcher de voter, nous allons prendre nos responsabilités », a-t-il dit. Dès le départ, une coupure d’électricité, inhabituelle selon les connaisseurs, avait laissé un air chaud et lourd de moiteur dans la salle. Puis des  variations de la tension électrique ont endommagé l’équipement de sonorisation ainsi que les chargeurs des ordinateurs et des téléphones de certains participants, retardant le début des échanges. Le vol de l’ordinateur d’un confrère de la télévision BF1 en rajoutait à l’ambiance tendue et maussade. C’est donc dans une salle sombre que Luc Marius Ibriga est arrivé pour apporter quelques éclairages sur les modalités du vote des compatriotes de l’extérieur. Il a rappelé que la CENI, dépendant des moyens mis à sa disposition par le gouvernement et attendant la révision du code électoral, accuse un retard sur son propre chronogramme.Malheureusement, a-t-il fait savoir, les grandes chapelles politiques installées au pays, contrairement à leurs représentants en Côte d’Ivoire, ne s’émeuvent pas outre mesure. Pour lui, le vote des Burkinabè vivant à l’extérieur est plus qu’une nécessité. Il permettra à tous les compatriotes, d’où qu’ils sont, d’exprimer la plénitude de leur citoyenneté, par respect au principe d’égalité entre tous les filles et fils du Burkina. Il permettra également une véritable unité du peuple burkinabè par l’intégration entre les citoyens de l’extérieur et ceux de l’intérieur. Ce vote, de l’avis de M. Ibriga apportera également un baume au processus de réconciliation entamé au pays des Hommes intègres en réduisant la frustration de la diaspora, toujours sollicitée  dans l’effort de construction de la nation mais écartée des sphères de décision. S’il demande au gouvernement de tenir parole et de disponibiliser les fonds au profit de la CENI, il a aussi demandé aux Burkinabè résidant à l’étranger de  se mobiliser pour la réalisation du vote et de manifester un sens élevé de l’intérêt national. Si malgré tout ce droit leur était refusé, chose qui discréditera le pays, Ibriga leur conseille la voie douce qui consiste à saisir le Conseil constitutionnel. «Ça sera un signal fort», a-t-il dit. Un conseil qui donnera des idées à l’opposition et aux acteurs de la société civile. Pour le conférencier, l’ensemble des acteurs doivent mettre un point d’honneur à créer une dynamique de rassemblement afin que ce défi soit levé avec succès. «Les Burkinabè ne sont pas moins intelligents que les autres qui l’ont déjà fait», a-t-il ajouté. Quant à la contribution financière de la diaspora au vote, il ne partage pas ce point de vue. Car si la diaspora en Côte d’Ivoire paie pour voter comme elle le dit, tous les Burkinabè de l’intérieur devront alors en faire autant sur le principe de l’égalité des Burkinabè. Cela aura l’avantage d’amoindrir le coût des élections à supporter par le budget de l’Etat, une première qui n’honorera cependant pas le pays,  étant donné que l’organisation de l’élection d’un président relève de la souveraineté de l’Etat. La conférence terminée, l’AJEA envisage d’autres sorties d’échanges dans les pays voisins. A travers son parrain, elle a rappelé que ce panel est une anticipation pour mettre fin à la série de reports du vote de la diaspora, une anticipation pour inclure dans le processus électoral,  les suggestions de la diaspora et une anticipation pour préparer le gouvernement, les partis politiques et les OSC à prendre leurs responsabilités. La délégation venue de Ouagadougou (25 personnes) a été conduite par Siriki Naon à Grand Bassam pour visiter le monarque des lieux, personnalité impliquée dans la réconciliation de son pays. Quant à la Convention des OSC pour l’observation domestique des élections (CODEL), elle s’est dit prête à étendre sa stratégie de veille proactive de «situation-room» pour assurer la réussite et la transparence du vote des Burkinabè de l’extérieur. Le gouvernement réitère constamment sa volonté d’inclure la diaspora en 2020. Mais clairement, la balle est dans son camp. Aimé Mouor KAMBIRE Depuis Abidjan Sidwaya

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