Début février, les États-Unis ont annoncé une augmentation de 10 % des droits de douane sur les importations en provenance de Chine, en invoquant le problème du fentanyl. Une pratique erronée qui constitue une violation des règles de l’OMC. Ce geste porte atteinte à la coopération économique et commerciale normale entre la Chine et les États-Unis, mais aura également des répercussions négatives sur l’économie américaine.
L’approche du gouvernement américain repose sur une perception et une compréhension erronées des droits de douane. Les droits de douane sur les importations, qui sont à la charge des importateurs américains, finiront par être répercutés sur les consommateurs aux États-Unis. Tel est un consensus au sein des groupes de réflexion étatsuniens, dont l’Institut Peterson pour l’économie internationale. Les chiffres parlent d’eux-même. Selon les estimations des groupes de réflexion américains, la guerre commerciale lancée par l’Oncle Sam en 2018 a entraîné un surcoût de plus de 40 milliards de dollars pour les consommateurs américains.
Selon les médias américains, les produits alimentaires et les articles d’usage courant importés depuis la Chine, tels que les poissons et les crustacés, les graisses et les huiles végétales, les légumes, les fruits et les noix, les savons, les lubrifiants, les thés et les épices, sont inclus dans le cycle actuel d’augmentation des droits de douane. Sans aucun doute, cela augmentera les dépenses au quotidien des ménages américains. En outre, l’imposition des droits de douanes supplémentaires sur l’électronique grand public, des chaussures et des jouets en provenance de Chine, aura également un impact sur la vie du public américain. Selon les estimations de la Fédération nationale du commerce de détail (NRF), les droits de douane supplémentaires pourraient coûter aux consommateurs américains entre 6,4 et 10,9 milliards de dollars supplémentaires rien que pour les appareils électroménagers.
Outre la consommation courante, les emplois américains seront également affectés par la perturbation des chaînes d’approvisionnement due aux droits de douane supplémentaires. Une étude publiée en janvier 2021 par le Comité national du commerce sino-américain a corroboré une perte de 245 000 emplois aux États-Unis due aux politiques commerciales de Donald Trump au cours de son dernier mandat. On a toutes les raisons de croire que ce nouveau cycle d’augmentations des droits de douane aboutira à un scénario similiaire.
En réponse à la décision erronée des USA, la Chine a pris des contre-mesures. À partir du 10 février 2025, la Chine imposerait des droits de douane de 15 % sur le charbon et le gaz naturel liquéfié originaires des États-Unis, et des droits de douane de 10 % sur le pétrole brut, les machines agricoles, les véhicules de grosse cylindrée et les camionnettes.
Des contre-mesures qui s’avèrent efficaces. Prenons l’exemple de l’énergie. Les États-Unis sont l’un des principaux exportateurs mondiaux d’énergie. La Chine, premier importateur mondial de GNL, est également un marché important pour les États-Unis. A la mi-décembre 2024, les États-Unis occupaient la cinquième place dans le classement des pays pour le volume des importations de GNL de la Chine. Dans ce contexte, l’augmentation des droits de douane sur le GNL originaire des USA aura un impact sur l’Amérique qui veut accélérer les ventes de GNL pour stimuler son économie.
En revanche, comment la Chine sera-t-elle affectée par la nouvelle série de hausses de taxes américaines ? A en croire des études, le taux tarifaire moyen précédemment imposé par les États-Unis sur les produits chinois était de 19,3 %. Après cette série d’augmentations tarifaires, le taux tarifaire total avoisine les 30 %. A court terme, l’avantage en termes de coûts de certains produits chinois pourrait s’en trouver affaibli, mais compte tenu de la performance de l’industrie manufacturière de la Chine, de son système de chaîne d’approvisionnement parfait et de sa capacité de production efficace, les produits chinois restent compétitifs à l’échelle mondiale. Plus important encore, après plusieurs années d’ajustement, la dépendance de la Chine à l’égard des États-Unis pour ses exportations a nettement diminué et la résilience de ses exportations s’est améliorée. Actuellement, les exportations vers les États-Unis ne représentent que 3 % du PIB de la Chine et moins de 15 % de ses exportations totales.
Comme les faits l’ont prouvé au cours des dernières années, ce sont les États-Unis eux-mêmes qui paient les pots cassés pour la guerre tarifaire contre la Chine. L’intimidation commerciale contre la Chine, au lieu de permettre aux États-Unis de voir le retour de l’industrie manufacturière ou de réduire le déficit commercial, leur a fait perdre d’importants marchés étrangers, voire leur crédibilité. Les USA ont fini par souffrir de difficultés inflationnistes.
A en croire un sondage mené par Reuters après l’investiture du locataire actuel de la Maison Blanche, la majorité des Américains sont opposés à la mise en œuvre de nouvelles augmentations tarifaires. Pour reprendre Ron Brownstein, analyste politique américain chevronné, les hausses tarifaires constituent « un énorme pari » pour l’économie mondiale, l’économie américaine et le coût de la vie des Américains.