.
.

L'actualité, en toute intégrité

.

Déguerpissement des installations anarchiques à Ouagadougou: le respect des règles doit être réinstauré comme un principe non négociable



Le Président de la délégation spéciale de la commune de Ouagadougou, Maurice Konaté

Depuis des décennies, Ouagadougou s’est enfoncée dans une anarchie urbaine où l’occupation illégale de l’espace public est devenue la norme. Des rues rétrécies, des trottoirs disparus sous l’effet d’un foisonnement de commerces de fortune et des artères vitales transformées en marchés à ciel ouvert : la capitale burkinabè étouffe sous le poids d’un désordre devenu quasi institutionnalisé. Après des années de laxisme, les nouvelles autorités municipales semblent vouloir remettre de l’ordre. Mais le mal est profond…

L’incivisme a été érigé en mode de vie à tel point que certains citoyens prennent l’anormal pour le normal. Les calculs électoralistes aidant, les élus municipaux se sont montrés des complices et des coupables passifs de cette chienlit.

À Ouagadougou, les espaces réservés à la circulation ou aux piétons ont progressivement été accaparés par des commerçants, des restaurateurs et des garagistes. Cette anarchie a atteint un niveau alarmant ces dernières années, rendant certains quartiers quasi impraticables. Les marchés débordent sur la chaussée, les kiosques s’entassent aux carrefours, et même les voies express ne sont pas épargnées.

Pire, cet envahissement de l’espace public s’est accompagné d’une culture du refus d’obéir aux règles. Les tentatives sporadiques de déguerpissement ont toujours été accueillies par une levée de boucliers de ceux qui considèrent ces espaces comme leur gagne-pain, soutenus par une opinion publique oscillant entre compassion et résignation.

Le laxisme des gouvernements successifs

Le laisser-aller et le laisser-faire des pouvoirs publics ont beaucoup contribué au règne d’une anarchie sans précédent dans la capitale burkinabè. Depuis l’ère Blaise Compaoré, l’État burkinabè a adopté une posture ambiguë face à cette situation. Si des décisions de déguerpissement ont parfois été annoncées, elles n’ont que rarement été suivies d’effet. À chaque opération de réhabilitation de l’espace public, les occupants reviennent après quelques semaines, parfois même avec la bénédiction tacite de certains élus locaux.

La transition politique de 2014, suivie des gouvernances successives, n’a pas permis d’inverser la tendance. Les pouvoirs publics, redoutant d’éventuelles tensions sociales, ont opté pour l’inaction, aggravant ainsi le phénomène. Ce laisser-faire a permis aux occupants illégaux de s’enraciner davantage, rendant toute tentative de réorganisation de plus en plus complexe.

Le réveil des autorités municipales

Face à l’urgence, la municipalité actuelle semble avoir pris la mesure du problème. Depuis quelques semaines, les opérations de déguerpissement se multiplient dans plusieurs quartiers stratégiques de la capitale. Des bulldozers démantèlent les installations illégales, et des forces de l’ordre veillent à ce que les emplacements libérés ne soient pas aussitôt réoccupés.

Si cette initiative est largement saluée par une partie de la population excédée par le désordre ambiant, elle suscite aussi des interrogations. Quelle alternative pour les milliers de commerçants qui se retrouvent du jour au lendemain sans espace pour exercer leur activité ? L’État est-il prêt à offrir des solutions viables et durables, comme la création de marchés modernes et mieux organisés ?

Remettre Ouagadougou sur la voie de la discipline

Déguerpir, c’est une chose. Prévenir la réoccupation anarchique, ç’en est une autre. L’expérience a prouvé qu’une simple destruction d’installations illégales ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’une politique rigoureuse de réorganisation urbaine et d’un contrôle strict.

L’enjeu dépasse la simple question du commerce informel. Il s’agit d’une refondation du rapport entre l’État et le citoyen, où le respect des règles doit être réinstauré comme un principe non négociable. La bataille de Ouagadougou contre l’anarchie urbaine ne fait que commencer. Mais cette fois-ci, les autorités auront-elles la fermeté nécessaire pour tenir jusqu’au bout ?

Source: Netafrique.net

Share Button

Avis

  • Total Score 0%
User rating: 0.00% ( 0
votes )



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *