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Corruption en Afrique : de quoi est soupçonné Vincent Bolloré ?


Les enquêteurs tentent de déterminer si le groupe Bolloré a utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Havas pour se voir attribuer la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée.

L’homme d’affaires Vincent Bolloré et des cadres de son groupe ont été placés en garde à vue mardi 24 avril au matin à Nanterre. Le milliardaire breton de 66 ans, encore aux commandes du groupe Bolloré mais qui a récemment cédé les rênes de Vivendi à son fils Yannick, était entendu dans les locaux de la police anticorruption, ont indiqué à l’AFP des sources concordantes, confirmant une information du « Monde ».

# Pourquoi Vincent Bolloré est-il entendu par la police ?

Les juges d’instruction tentent de déterminer si le groupe Bolloré a utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Havas pour se voir attribuer la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV.

Comme l’explique « le Monde », « les magistrats soupçonnent les dirigeants du groupe d’avoir utilisé leur filiale de communication Havas pour faciliter l’arrivée au pouvoir de dirigeants africains en assurant des missions de conseil et de communication sous-facturées. Et ce, dans un seul objectif : obtenir les concessions portuaires des lucratifs terminaux à conteneurs. »

Ils auraient saisi de nombreux documents à l’occasion de perquisitions réalisées en avril 2016 au siège du groupe Bolloré à Puteaux (Hauts-de-Seine) qui laisseraient penser qu’une sous-facturation des prestations d’Havas au bénéfice des dirigeants de ces deux pays aurait été réalisée, selon « le Monde ».

Le responsable du pôle international de Havas, Jean-Philippe Dorent, et Gilles Alix, directeur général du groupe Bolloré, ont également été placés en garde à vue, a précisé une source judiciaire.

Au cœur de l’enquête, initiée par une plainte d’un ancien associé franco-espagnol de Bolloré, Jacques Dupuydauby, se trouvent les conseils prodigués en 2010 par Havas lors des campagnes électorales victorieuses d’Alpha Condé en Guinée et de Faure Gnassingbé au Togo. Tous deux avaient eu recours aux activités de conseil d’Havas, pilotées par Jean-Philippe Dorent.

# Que répond le groupe Bolloré ?

Dans un communiqué publié en fin de matinée, le groupe Bolloré a « formellement » démenti avoir commis des irrégularités en Afrique. « Les concessions obtenues au Togo l’ont été en 2001, bien avant l’entrée du groupe dans Havas et en Guinée, en 2011, à la suite de la défaillance du n°1 (le groupe étant arrivé en seconde position lors de cet appel d’offres), défaillance constatée avant l’élection du président », a fait valoir le groupe Bolloré dans son communiqué.

Mais à chaque fois, la désignation de SDV a donné lieu à une bataille judiciaire entre le groupe Bolloré et les anciens gestionnaires des ports.

# Ce que l’on sait du versant guinéen de l’enquête

En Guinée, SDV avait obtenu la gestion du port de Conakry quelques mois après l’élection d’Alpha Condé en 2010. Vincent Bolloré avait toufefois perdu sa bataille devant le tribunal de Nanterre face à Necotrans, l’ancien concessionnaire, et condamné en 2013 à lui verser plus de 2 millions d’euros. En juin 2017, Necotrans, spécialiste de la logistique en Afrique, a été placé en redressement judiciaire et racheté peu après par le groupe Bolloré.

« Bolloré remplissait toutes les conditions d’appel d’offres. C’est un ami, je privilégie les amis. Et alors ? », avait expliqué Alpha Condé au journal « le Monde » en 2016, à propos de ce dossier.

Comme le raconte « le Monde », c’est Jean-Philippe Dorent qui s’est occupé d’une partie de la campagne présidentielle guinéenne en 2010 pour le compte du candidat Alpha Condé. Ce dernier s’était lié d’amitié avec Vincent Bolloré lors de son exil parisien.

# Ce que l’on sait du versant togolais de l’enquête

Et au Togo, la filiale avait remporté le marché peu avant la réélection en 2010 de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005. C’est encore une fois Jean-Philippe Dorent qui s’est occupé d’une partie de la communication du président Gnassingbé.

Dans le volet togolais, l’ancien associé de Vincent Bolloré, Jacques Dupuydauby, accuse la présidence togolaise d’avoir été corrompue par le groupe français. Dans son bras de fer judiciaire avec l’industriel breton, il a été condamné en Espagne à trois ans et neuf mois de prison pour « détournement d’actifs » du groupe Bolloré. La cour d’appel de Paris doit se prononcer le 16 mai sur la demande d’extradition de Madrid.nouvelobs

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